Un voyage dans l'art informel
“C’est Kopac qui m’a fait comprendre l’Art Brut, plus que Dubuffet dont lediscours était plus intellectuel. Ses mots étaient simples, mais son approcheétait intellectualisée. Tandis que celle de Kopac était sensible, il touchait les objets”
Pierre Maunoury, 1er novembre 1990
C’est en 1952 que Michel Tapié lance l’aventure d’un « art autre » au Studio Paul Facchetti, 17, rue de Lille, à Paris5. L’exposition réunissait « Jean Dubuffet, Jean Fautrier ou Wols mettant en scène empâtements, empreintes, taches et textures de matière sur la toile avec des gestes spontanés prenant l’allure de face-à-face avec une matière indéterminée et informe6 ». On pouvait également admirer la touche des compositions de Jean-Paul Riopelle, le geste pictural véhément de Georges Mathieu, les noirs éclatants de Pierre Soulages, les dispositifs graphiques de Camille Bryen et Ruth Francken, les sculptures de Germaine Richier, etc.
Kopac y présentait La Grenouille bretonne (1951) en ciment et pierres. Parmi les artistes les plus marquants de son époque, Kopac défendait un art spontané, affranchi de toute forme assignée ou prédéterminée, où la matérialité et le processus de création primaient. Le geste, l’empreinte de ses mains sur la matière, insufflaient à son œuvre une résonance expressionniste rare en Europe, que Tapié appréciait et qui trouvait davantage d’écho outre-Atlantique.
Avec un « art autre », les formes retrouvaient une vitalité. L’expressivité née du travail de la matière redonnait aux œuvres une sensibilité que les horreurs de la guerre avaient cherché à annihiler. Bien que La Grenouille bretonne évoque l’art brut, ses sources d’inspiration se trouvent également chez les artistes explorant de nouvelles voies d’expressivité à travers les matériaux. Kopac fuyait en quelque sorte la peinture pour embrasser une aventure où la main, en prise directe avec la matière, prenait le pas sur l’esprit. La démarche « haptique », comme l’appelait Aloïs Riegl, était pour lui un moyen d’entrelacer le visuel et le tactile et en est la quintessence : une épaisse couche de plâtre appliquée au couteau fusionne deux formes en une seule, avec l’ambition d’offrir à l’œil le pouvoir de toucher.

Slavko Kopac, La Grenouille bretonne, 1951, cement and stones, 44x38x30 cm
Extrait du catalogue de l’exposition Slavko Kopac: The Hidden Treasure. Informal Art, Surrealism, Art Brut., 5 Continents Editions, Milan, 2025
Vous pouvez lire l’essai complet dans le livre disponible au lien indiqué ci-dessous :