Jean Dubuffet et Slavko Kopac. Histoire de peintres
Été 1985. Vence se met aux couleurs de Jean Dubuffet et de Slavko Kopac. Le programme estival de la Galerie Chave est entièrement consacré à une exposition des travaux des deux artistes qu’elle représente depuis les années 1950 : Jean Dubuffet et Slavko Kopac. Le titre retenu, d’une absolue simplicité et efficacité, sera revu à quelques semaines de l’ouverture. L’exposition, inaugurée le 13 juillet, veille du jour de fête nationale, se fera en l’absence de Jean Dubuffet. L’artiste français est décédé le 12 mai.
La Galerie Chave et l’artiste Slavko Kopac s’associent pour le saluer une dernière fois. L’exposition est rebaptisée Salut à Jean Dubuffet. Elle est accompagnée d’un catalogue dont la première de couverture, improvisée, illustrée et mise en page par Slavko Kopac, témoigne de la relation amicale et artistique qui existait entre les deux hommes. Le caractère d’hommage attribué a posteriori à cette exposition donne à cet événement une dimension historique. Mais c’est en réalité en amont de son avènement que tout se joue.
Jean Dubuffet est un artiste solitaire. Tout au long de sa vie, il a refusé de voir ses travaux exposés aux côtés de ceux dont il n’était pas l’auteur. Il a toujours décliné toute proposition d’expositions collectives, ni des présentations en quatuor, ni en trio, ni même en duo. C’est à la condition d’être seul qu’il expose dans les musées et les galeries. L’exposition Jean Dubuffet et Slavko Kopac, organisée par Pierre Chave dans sa galerie, fait figure d’exception.

Couverture du catalogue de l’exposition Salut à Jean Dubuffet, Vence, Galerie Chave, 1985
Pour la première fois, Jean Dubuffet accepte de voir son œuvre dialoguer avec celle d’un autre artiste. Il faut dire que Slavko Kopac n’est pas n’importe qui. Non seulement l’artiste a produit une œuvre que Jean Dubuffet admire et défend, mais il est aussi l’homme auquel il accorda toute sa confiance pour organiser et gérer son bien le plus précieux : sa collection de l’art brut. L’approbation de Jean Dubuffet pour ce projet d’exposition est aussi inhabituelle qu’exceptionnelle. Tant et si bien que sa lettre de « bon pour accord » est un sésame que le galeriste vençois n’hésitera pas à reproduire dès les premières pages du catalogue de l’exposition. Ce courrier n’échappera pas non plus aux journalistes qui s’en serviront pour souligner combien Slavko Kopac était « le bien-aimé de Dubuffet ». Dubuffet a accepté ce projet à la condition que Kopac donne également son accord. Comme Dubuffet, Kopac n’appréciait pas que son œuvre soit sujet à confrontations. Dans un entretien, il confiait en 1982 : « Je n’aime pas être comparé à quiconque, pas même à Dubuffet, à qui je suis pourtant très attaché. » Deux ans plus tard, l’artiste croate acceptera pourtant sans la moindre réticence d’être exposé avec Dubuffet. Il avait pour lui un attachement et une reconnaissance sincères.
Extrait du catalogue de l’exposition Slavko Kopac: The Hidden Treasure. Informal Art, Surrealism, Art Brut., 5 Continents Editions, Milan, 2025
Vous pouvez lire l’essai complet dans le livre disponible au lien indiqué ci-dessous :