Katharine Conley à propos de Slavko Kopac

Au regard des divinités: Slavko Kopac et André Breton

En 1954, Slavko Kopac et André Breton réalisent ensemble un poème-objet qui témoigne de l’amitié et de la complicité artistique nouées cinq ans plus tôt. Leur collaboration avait débuté en 1949, lors de la première exposition parisienne de Kopac à la galerie Messages, pour laquelle ils avaient conçu un livre-objet calligraphié en édition limitée. Ce livret associait un poème manuscrit de Breton, « Au regard des divinités » (composé en 1923), à des dessins de Kopac.

Le poème-objet de 1954 peut être vu comme une transposition sur bois de ce travail commun initialement réalisé sur papier. Il reprend le même poème, recopié de la main de Breton, ainsi que des variantes des motifs dessinés par Kopac : « Tandis que je dessinais des motifs, et à mesure que j’indiquais comment on pouvait organiser la page, il écrivait, et à la fin nous avons signé ensemble. Ç’a été un moment lumineux », se souviendra Kopac.

 

Au regard des divinités, 1949, pages de l’édition originale du poème d’André Breton illustré par Kopac

Dans le poème-objet, les dessins et le poème sont gravés et vernis sur un morceau de bois que Kopac avait pu trouver dans la rue, où « il trouvait beaucoup de choses », selon Annie Le Brun. Par sa silhouette pointue, l’objet en rappelle d’autres dans la collection de Breton, notamment un mât totémique haïda originaire de Colombie-Britannique acheté par Breton à Julius Carlebach lors de ses cinq années d’exil de guerre à New York.

Même s’il mesure 19 centimètres de plus, le mât haïda a plusieurs points communs avec le poème-objet : une silhouette en forme de flèche, des humains et des animaux gravés – et non dessinés –, ainsi que le fait qu’il ait été réalisé pour commémorer une parenté, une appartenance commune ou un événement familial.

Le poème-objet de Kopac et Breton peut être vu comme un hommage à ce totem et à d’autres objets amérindiens présents chez Breton. Il s’agit là moins d’un acte d’appropriation culturelle que d’un geste visant à célébrer des affinités manifestes dans leur amitié et leur anticolonialisme partagés.

Extrait du catalogue de l’exposition Slavko Kopac: The Hidden Treasure. Informal Art, Surrealism, Art Brut., 5 Continents Editions, Milan, 2025

Vous pouvez lire l’essai complet dans le livre disponible au lien indiqué ci-dessous :

https://www.fivecontinentseditions.com/en/p/slavko-kopac/

Katharine Conley - Professeure chancelière émérite à William & Mary et professeure Edward Tuck émérite à Dartmouth

From the book accompanying the exhibition Slavko Kopac: The Hidden Treasure. Informal Art, Surrealism, Art Brut. 5 Continents Editions, Milan, 2025

Read the full essay in the book available at the link provided below:

https://www.fivecontinentseditions.com/en/p/slavko-kopac/