Bernard Blistène à propos de Slavko Kopac

Slavko Kopac : esquisse d’un portrait

Mais Kopac est ailleurs. Je ne sais où. Tantôt du côté de l’Italie, où il arrive en étudiant, « laissant derrière lui le monde sombre et sans avenir de la dictature » pour en croiser un autre, tantôt à Paris, où il se retrouve une nouvelle fois en 1948 après un premier voyage en 1939, pour venir prendre la place de Michel Tapié, compagnon improbable du Foyer de l’Art Brut, et partager l’aventure avec Dubuffet, jusqu’à sa propre mort en 1995, quelque dix ans après son maître. Tantôt du côté des surréalistes de retour d’exil, tantôt encore d’Alphonse Chave qui lui offre, au milieu des années 1950, les cimaises de sa galerie de Vence au fil de multiples rendez-vous, dans le compagnonnage d’une complicité jamais démentie.

Kopac sans doute inclassable, premier surpris d’être à l’intersection des débats esthétiques de l’immédiat après-guerre. Pour autant, c’est bien de l’art brut et de la fascination que ses protagonistes exerçaient sur Kopac qu’il faut évidemment parler. Annie Le Brun, encore et toujours elle, compagne de Radovan Ivšić, l’a raconté dans ce bel entretien avec Pauline Goutain, en 2020. « Il était fasciné par la pureté de leur expression – je ne sais pas trop comment le dire autrement –, qui venait des sources les plus profondes de l’humanité. Comme si, à travers leurs œuvres, il assistait au jaillissement premier, révélant l’insondable richesse du dénuement. »

L’art brut, sans doute « le point de capiton » de la vie et de la pensée de Kopac, le principe par lequel s’organise son œuvre et sa vision, fussent-elles distinctes de la notion telle que Dubuffet la met en œuvre(s) et en scène, dès la fin de la guerre. Une notion touchant à l’organisation de la vie psychique et sociale où Lacan suggère que la croyance se définit entre l’imaginaire et le symbolique, l’ignorance entre le réel et le symbolique, et la haine entre l’imaginaire et le réel, tandis que Freud, auparavant, en parlait comme d’un jeu de forces.

 

 

 

 

 

Bernard Blistène - Directeur honoraire du Centre Pompidou depuis 2021

Extrait du catalogue de l’exposition Slavko Kopac: The Hidden Treasure. Informal Art, Surrealism, Art Brut., 5 Continents Editions, Milan, 2025

Vous pouvez lire l’essai complet dans le livre disponible au lien indiqué ci-dessous :

https://www.fivecontinentseditions.com/en/p/slavko-kopac/