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Artiste franco-croate, Slavko Kopac, né en 1913, demeure une figure à la fois énigmatique et complexe, incarnant l’esprit novateur et interdisciplinaire d’une époque de renaissance culturelle surgie des ruines de l’après-guerre.
Slavko Kopac se forme à la prestigieuse Académie des Beaux-Arts de Zagreb, héritière de l’École royale nationale des arts et métiers fondée en 1907. Dans un contexte profondément marqué par la Sécession viennoise et les idéaux du Bauhaus, il assimile les stimulants culturels issus de l’ancien Empire austro-hongrois. À seulement quinze ans, la découverte d’une monographie consacrée à Egon Schiele le bouleverse durablement et devient pour lui une source d’inspiration déterminante.
Après avoir achevé ses études et participé à la Biennale de Venise de 1942, il arrive à Florence en 1943, en pleine guerre. Il découvre une ville où l’héritage de la Renaissance coexiste avec un élan naissant vers la modernité. Inscrit à l’Accademia di Belle Arti, il s’immerge dans un milieu culturel dense et stimulant. Progressivement, il s’éloigne de l’impressionnisme de ses premières œuvres pour s’engager dans une recherche d’innovation formelle et d’intensification expressive de la couleur.
À Florence, Kopac entre en contact avec des artistes italiens majeurs tels que Felice Carena et Giovanni Colacicchi. Malgré les restrictions imposées par le conflit, la scène florentine lui permet de fréquenter d’importantes expositions et galeries, notamment Il Fiore. L’exposition Peinture française à Florence, organisée par Bernard Berenson en mai 1945 au Palazzo Pitti, lui révèle les chefs-d’œuvre de Cézanne, Rouault, Derain, Chagall et Cocteau — découvertes qui nourrissent en profondeur sa réflexion artistique. Dans ce contexte, il expérimente diverses techniques et explore des univers graphiques, picturaux, figuratifs et imaginaires.
Dans le domaine du dessin, Kopac se distingue par une remarquable diversité d’expression : son trait se fait tour à tour fluide et monumental, ou nerveux et intensément vibrant. Parallèlement, il revisite des thèmes traditionnels avec une sensibilité résolument moderne. Dans Crucifixion, présentée au Prix de Prato en 1946, les formes stylisées du Christ se tordent dans un mouvement presque chorégraphique. En quête d’un langage capable de traduire sa vision du monde, Kopac intègre une pluralité d’influences : Giotto, l’art naïf, l’art étrusque, De Chirico, Cézanne, Klee, Kandinsky, Ernst, Sironi et Morandi — ce dernier exposé par Roberto Longhi à la galerie Il Fiore en 1945.
Parallèlement, l’artiste développe une dimension symbolique dans ses représentations d’animaux et de formes astrales, puisant dans les légendes populaires slaves. Dans ses œuvres, animaux et astres ne sont pas de simples motifs, mais des figures archétypales. Des œuvres comme Chevaux (1947) et Cerfs à la source (1947–1948) interprètent la nature comme un langage symbolique universel. Fondée sur de puissants contrastes chromatiques, sa palette vibrante confère à ses œuvres une intensité et une force expressive singulières.
En 1948, Slavko Kopac s’installe à Paris, alors capitale incontestée de l’art européen de l’après-guerre. Il y entre immédiatement en contact avec des figures majeures de l’avant-garde telles que Jean Dubuffet et André Breton. Cette proximité le place au cœur des grands débats artistiques de son temps ; toutefois, fidèle à son indépendance, Kopac choisit de demeurer en marge des mouvements constitués afin de préserver son autonomie créatrice.
Sa collaboration avec Jean Dubuffet l’engage profondément dans le projet de la Collection de l’Art Brut, initiative révolutionnaire qui valorise les créations d’artistes marginaux et interroge radicalement les origines mêmes de l’art. Bien qu’il y exerce un rôle de conservateur, Kopac transforme cette expérience en source d’inspiration personnelle, intégrant à sa propre pratique les approches instinctives et non conventionnelles des créateurs de l’Art Brut.
Dans des œuvres telles que Hommage à Christophe Colomb (1949), son langage se caractérise par l’épure du trait, la netteté incisive des formes et l’usage de couleurs saturées, conférant aux compositions une immédiateté saisissante. Sa pratique devient un moyen d’explorer le geste et le signe comme expressions primordiales, révélant un lien profond entre forme graphique, spontanéité et inconscient. Des œuvres telles que Graffiti ou La Jungle (1949) témoignent de son intérêt pour le geste automatique et instinctif, enraciné dans une dimension archaïque. Kopac dialogue avec des figures telles que Brassaï, André Masson, Dubuffet et Henri Michaux, partageant avec eux l’exploration du signe spontané comme langage universel.
L’artiste entretient également un dialogue étroit avec le surréalisme, auquel il se sent naturellement apparenté. Sans jamais adhérer officiellement au groupe, ses œuvres sont vivement appréciées pour leur capacité à évoquer des mondes fantastiques et totémiques, peuplés de figures griffées, de jungles sauvages et de vaches monumentales. Les masques récurrents dans son œuvre suggèrent une dimension rituelle, en résonance avec l’intérêt surréaliste pour les rites collectifs comme voie d’accès à l’inconscient.
Kopac réalise de nombreux monotypes, frottages et décalcomanies, s’inscrivant ainsi dans le prolongement des pratiques surréalistes. Le livre Le Soleil se couche au pays des éléphants (1951), rare poème visuel composé de gravures sur bois rehaussées de gouache et relié de raphia coloré, incarne sa vision fantastique et totémique. L’ouvrage suscite l’admiration d’André Breton, qui l’intègre à sa collection.
Au fil du temps, Kopac approfondit son exploration des matériaux, sondant leur potentiel expressif à travers des solutions novatrices : émaux sur pierre volcanique (Lave, 1955), plomb fondu modelé en formes florales (Terre noire, 1961), fragments de pneus métamorphosés en créature fantastique (Loup-garou, 1962). Il joue avec la profondeur et la texture ; sa démarche opère une synthèse entre poésie et matérialité, entre réel et imaginaire. Les formes se dissolvent, glissant du descriptif vers l’évocateur, le méditatif et l’énigmatique. Cette approche impressionne critiques et artistes tels que Michel Tapié, qui reconnaît dans son œuvre un dialogue avec des créateurs comme Jackson Pollock, Lucio Fontana et Sam Francis.
Dans sa position transnationale, Kopac dépasse les frontières stylistiques et culturelles, tissant un symbolisme slave avec l’énergie rebelle des avant-gardes historiques, déterminées à rompre avec les conventions académiques et à explorer l’automatisme psychique. Parallèlement, il s’inscrit pleinement dans l’attention portée par l’avant-garde de l’après-guerre à l’expressivité de la matière, à l’introspection et à l’esthétique de l’art informel.
Slavko Kopac naît le 21 août 1913 à Vinkovci, en Slavonie orientale (Croatie), de Stefano Kopac et Ana Klein, au sein d’une famille de commerçants.
Il fréquente le lycée de Vinkovci et suit des cours de dessin auprès de Vinko Pajalić.
Kopac s’inscrit à l’Académie royale des Beaux-Arts de Zagreb, où il étudie la peinture auprès de Vladimir Becić, figure majeure du modernisme croate formée à Paris.
Boursier du gouvernement français, il séjourne neuf mois à Paris. Il y rencontre le peintre croate Leo Junek (1899–1993), dont le style tachiste influence certaines de ses œuvres. Il se consacre intensément à la nature morte et au paysage.
L’invasion de la France par l’Allemagne nazie en juin l’oblige à rentrer en Croatie.
Il enseigne le dessin au lycée de Mostar (Bosnie-Herzégovine), puis au lycée classique de Zagreb. Il participe à des expositions personnelles et collectives.
Il expose à la 22e Biennale de Venise comme représentant de l’État indépendant de Croatie, entrant en dialogue avec la scène artistique italienne et internationale.
Il obtient un congé sans solde et une bourse du ministère italien des Affaires étrangères. En mai, il s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts de Florence.
Il étudie auprès de Giovanni Colacicchi, peintre et intellectuel proche des milieux antifascistes.
Il suit un atelier de fresque à l’Institut d’Art de Florence, réalisant des œuvres qui marquent le passage d’un langage impressionniste vers des solutions chromatiques et compositionnelles plus abstraites.
Première exposition personnelle à la Galleria Michelangelo de Florence.
Giovanni Colacicchi lui consacre le premier article critique en Italie, publié dans Corriere del Mattino.
Il collabore avec l’architecte Giovanni Muzio et le sculpteur Ivan Meštrović pour la décoration de l’église Santa Maria Mediatrice à Rome.
Expositions avec Fiore de Henriquez à la Galleria Rizzi (Florence) et à la Galleria della Strega (Trieste).
Participation au Premio Torino – Arte Italiana d’Oggi et à la Prima Mostra Arte d’Oggi à Florence.
Il cofonde la section florentine de l’Art Club, réseau international d’artistes engagés dans l’abstraction et l’expérimentation graphique.
Expositions à Florence et Rome, marquant un tournant poétique et visionnaire.
Avec l’aide du vice-consul français Bernard André, il obtient un visa et s’installe à Paris en août.
Introduit par Giordano Falzoni, il rencontre Jean Dubuffet : une amitié durable commence.
Dubuffet fonde avec André Breton, Jean Paulhan et Michel Tapié la Compagnie de l’Art Brut.
Dubuffet nomme Kopac secrétaire et premier conservateur de la collection et lui consacre un texte dans l’Almanach de l’Art Brut.
Il explore le potentiel esthétique de la matière (empâtements, émaux, céramique, lave, gravure) et se rapproche du groupe surréaliste.
En 1949, il illustre le poème d’André Breton Au regard des divinités et expose à la Galerie Messages à Paris.
En 1951, la Compagnie de l’Art Brut est dissoute. Dubuffet part à New York avec 1 200 œuvres ; Kopac dresse l’inventaire complet.
Michel Tapié l’intègre dans son essai Un Art Autre, le reconnaissant comme l’une des figures de l’Art Informel.
Il participe à l’exposition éponyme au Studio Facchetti à Paris.
Il rencontre Paulette, sa future épouse, avec qui il aura un fils, Laurent.
La galerie surréaliste À l’Étoile scellée lui consacre trois expositions (Paris et Lima).
Il achète une maison à Vence, où il rencontre le galeriste Alphonse Chave.
Participation à Petit bal de têtes à la Galerie Chave.
Rencontre avec Annie Le Brun, avec qui il noue une amitié indissoluble.
Sa recherche s’oriente vers la densité de la matière et l’usage de matériaux nouveaux (pneus, plomb, papier mâché).
Reconstitution de la Compagnie de l’Art Brut à Paris.
Kopac devient administrateur et conservateur de la collection installée rue de Sèvres.
Il obtient la nationalité française.
Exposition à la Galerie Mona Lisa à Paris, avec un texte critique de Michel Ragon.
Retour en Croatie avec une exposition à la Moderna galerija de Rijeka.
Transfert des collections d’Art Brut à Lausanne (inauguration en 1976).
Kopac se consacre entièrement à sa création tout en restant membre du comité consultatif.
Rétrospective au Musée d’Art moderne de Zagreb (environ 400 œuvres).
Rétrospective au Paris Art Center (169 œuvres).
Décès de Jean Dubuffet (12 mai).
Exposition Salut à Jean Dubuffet à la Galerie Chave.
Participation au Festival olympique d’art de Séoul (24e Olympiade culturelle).
Malgré la détérioration de sa santé, il poursuit son travail (peintures, collages, assemblages).
Il soutient le don de ses œuvres à la Galerie Klovićevi Dvori à Zagreb.
Décès le 23 novembre 1995.
En 1996, rétrospective à l’Hôtel de Ville de Paris.
Exposition à la Galerie Klovićevi Dvori à Zagreb, accompagnée de la première monographie.
Le Musée de Vence – Fondation Émile Hugues présente son œuvre aux côtés de Dubuffet, Ernst, Matisse, LeWitt et Viallat.
Vente Jean Dubuffet & Atelier Slavko Kopac à l’Hôtel Drouot (165 lots).
Fondation de l’Association ArtRencontre, dédiée à la préservation et à la promotion de son œuvre.
Le Centre Pompidou acquiert douze œuvres de Kopac.
Publication d’une monographie chez Gallimard.
Grande rétrospective au Pavillon Meštrović à Zagreb (2021–2022).
Participation aux expositions au Musée d’Art Roger-Quilliot (Clermont-Ferrand) et au LaM de Lille.
Présentation du documentaire Slavko Kopac : Raffinement barbare au Festival du film de Pula.
Grande exposition Slavko Kopac : Le trésor caché. Art informel, surréalisme, art brut à Florence, suivie de la publication de l’ouvrage Slavko Kopac – Il Tesoro Nascosto.