Kopac, bâtisseur de l'imaginaire: "une autre figuration"
“Slavko Kopac’s art is highly original. [. . .]A stunningly inventive art, a stunningly poetic art [. . .]an art immediately connected to the spectaclesthat daily life offers us.”
Jean Dubuffet, 1982
Qu’elles proviennent d’une nature sauvage ou domestiquée, exotique ou locale, toutes les espèces vivantes trouvent leur compte dans le monde de Kopac : le cerf, le sanglier, le troupeau et son bouvier, le serpent, le lézard, la libellule, le papillon, les insectes, les oiseaux, les chevaux, le singe, le lion, la tortue, le loup. Les sujets choisis par Kopac révèlent une grande sensibilité à l’environnement : l’eau coule dans ses œuvres sous la forme d’une source, d’un étang, d’un fleuve ou de la mer tourmentée.
Kopac se présente comme un artiste jardinier : dans Jungle (1949) ou dans Jardin public (1954), il sème des graines d’émerveillement de sa main légère et poétique. Il confiait un jour : « Je préfère la brousse au gazon. » Le cycle des saisons scande sa création, comme le montre sa série de 1966. Une même forme ovoïde décline le printemps, l’été et l’automne, selon une palette de couleurs allant du jaune au bleu. Sur ces tableaux, deux yeux nous indiquent avec discrétion la connexion de l’homme à la nature.
Cette empathie vis-à-vis du cycle naturel ressort également dans l’œuvre Graffiti (1949), gravée de ces mots : « L’hiver sans eau et sans herbe est quelque chose de très triste pour les petits oiseaux. » Kopač agit en naturopathe. « En regardant les peintures de Kopac, on pense au printemps », écrivait Michel Ragon. Jean-Jacques Lévêque, lui, comparait ses œuvres à « un jardin fabuleux où il se passe de bien étranges choses ».

Graffiti, 1949
Si Kopac part du quotidien, de choses connues, il les transforme pour garder ses travaux « le plus longtemps possible secrets et loin de [ses] démêlées quotidiennes avec l’extérieur ». Cette capacité à extraire les choses de leur banalité et à projeter des histoires imaginaires dans la matière a fait dire à Michel Ragon que Kopac était un « visionnaire » et qu’en cela il faisait partie des « vrais réalistes ».
Pour qualifier l’art de Kopac, Ragon a inventé la notion d’« une autre figuration ». Michel Tapié a, lui, parlé d’« art informel ». Ces appellations sont à recontextualiser dans les années 1950-1970, animées par d’intenses débats autour du rôle de l’art et de son rapport au réel.
Extrait du catalogue de l’exposition Slavko Kopac: The Hidden Treasure. Informal Art, Surrealism, Art Brut., 5 Continents Editions, Milan, 2025
Vous pouvez lire l’essai complet dans le livre disponible au lien indiqué ci-dessous :